Compte rendu d’audience du 16 au 24 septembre

24 septembre 2021
24 septembre 2021 ChloMaster

Compte rendu d’audience du 16 au 24 septembre

Du 16 au 24 septembre, se sont succédés les témoignages relatifs aux constatations effectuées dans la suite immédiate des attentats :

  • Jeudi 16 septembre : Les trois enquêteurs ayant réalisé les constatations respectivement au Stade de France/ au Carillon et au Petit Cambodge / à la Bonne Bière et Casa Nostra;
  • Vendredi 17 septembre : L’enquêteur du Bataclan ;
  • Lundi 20 septembre : Les enquêteurs à la Belle équipe et au Comptoir Voltaire ;
  • Mercredi 22 septembre : Le Commissaire de la « BAC 75 Nuit » intervenu en premier au Bataclan et le Chef de la BRI ;
  • Jeudi 23 septembre : Le Directeur de l’Institut Médico-légal de Paris et la Responsable de l’atelier victime du dispositif attentat de la SDAT rattaché à la cellule interministérielle ;
  • Vendredi 24 septembre : Les experts en ADN et pour les gilets explosifs, ainsi que l’adjoint au chef de la division de la répression du terrorisme international au sein de la SDAT sur le volet revendications des attentats.

Il sera présenté de manière thématique afin de faire ressortir les points importants soulevés à l’audience ou les éléments inédits de compréhension apportés par les témoignages.

L’organisation de la cellule terroriste, entre parfaite planification et dysfonctionnements inattendus

L’ensemble des enquêteurs intervenus sur les multiples lieux d’attentats ont souligné l’organisation rigoureuse dont avaient fait preuve les terroristes :

  • La brièveté des attaques démontrait un entrainement certain des terroristes à l’utilisation des kalachnikovs. En moyenne, en moins de deux minutes, entre 50 et 200 balles étaient tirées par les terroristes. Les angles de tir démontraient également une maîtrise certaine de par la précision de ceux-ci compte tenu du recul et de la déviation de trajectoire induits par la force de tir de l’arme ;
  • Un grand soin avait été apporté aux détails. A titre d’exemple, les kamikazes du stade de France avaient tous revêtus des tenues de supporters du club allemand ainsi que des drapeaux pour se fondre dans la masse ;
  • La coordination entre les diverses attaques était certaine : il y avait une proximité géographique permettant aux terroristes de repérer les lieux avant les attaques en ce qui concerne Paris intra-muros. Cela explique que les huit attentats ont eu lieu en seulement 33 minutes.

Cependant, si une organisation certaine et méthodique transparait, des éléments indépendants de la volonté des auteurs ont amoindri la portée encore plus meurtrière que ces attaques auraient dû avoir. 

A titre d’exemple, on peut citer l’impossibilité d’achat de billets des kamikazes pour entrer au Stade de France, ce qui les a obligés à tenter de se mêler à des groupes de supporters sans y parvenir. Ou encore l’instabilité des gilets d’explosifs qui a empêché l’explosion complète de celui de Brahim ABDESLAM au Comptoir Voltaire.

Ces éléments se sont également retrouvés dans la propagande de l’Etat Islamique. Celle-ci, pourtant d’un grand professionnalisme semblable aux chaines d’informations et films grand public d’un point de vue technique, a partagé de nombreuses informations erronées. Elle a ainsi évoqué des attentats qui n’ont pas eu lieu ou a involontairement révélé la fuite de Salah ABDESLAM en mentionnant dix terroristes quand neuf étaient morts et identifiés.

Une communion d’émotion entre enquêteurs et victimes

L’ensemble des témoignages de cette période a été très fortement chargé en émotion.

La plupart des enquêteurs, pourtant des hauts gradés des services de police particulièrement aguerris, ont laissé transparaître une émotion palpable tout au long de leurs témoignages. 

Au-delà de certains détails des constatations qui ont particulièrement ému l’ensemble des acteurs du procès, ils ont chacun eu un mot pour les victimes afin de leur faire savoir à quel point ils partageaient leur tristesse et leur douleur.

Tous ont fait part de cette nuit comme un point de rupture avec leur vie d’avant, tenant à assurer les victimes de leur parfaite communion avec elles.

L’intervention des forces de police

L’intervention des forces de police, notamment au Bataclan, a fait polémique bien avant l’ouverture du procès. 

Il a été reproché à la fois sa tardiveté mais également le fait que certaines unités à proximité ne pouvaient intervenir car elles n’en avaient pas reçu l’ordre. Ces éléments on été mis en avant par le reportage « Les ombres du Bataclan » sur Arte (https://www.arte.tv/fr/videos/100286-000-A/les-ombres-du-bataclan/), diffusé la veille de l’ouverture du procès, qui a émis de nombreuses critiques sur ces points, pointant des dysfonctionnements manifestes.

La première personne à être intervenue au Bataclan est un Commissaire de la BAC 75 Nuit. Son témoignage poignant a mis en lumière son courage mais également le fait qu’il a agi à l’encontre des ordres habituels pour sauver le plus de vies possible au Bataclan. Il est en effet intervenu sans ordres avec son seul équipier, muni d’un équipement rudimentaire (un gilet pare-balles classique et une arme de poing).

Son intervention a permis, lorsqu’il a neutralisé le kamikaze présent sur la scène, de détourner l’attention des deux autres assaillants vers lui, faisant ainsi cesser les tirs de ces derniers en direction de la fosse. Par ailleurs, à l’encontre de l’ordre d’attendre la BRI, il a extrait avec les autres membres de la BAC 75 Nuit, arrivés entre-temps, de nombreux blessés de la fosse pour les évacuer le plus rapidement possible, permettant ainsi d’en sauver un certain nombre.

Concernant la BRI, son intervention a pu être qualifiée de tardive. Celle-ci est arrivée sur place à 22h20, soit 40 minutes après le début de l’attaque, temps qui a été considéré par les parties civiles comme étant trop long pour une équipe d’élite. 

Il a été également exposé que la phase de sécurisation avant l’assaut des 10.000 mètres carrés de la salle de spectacle a été particulièrement longue. Il fallait en effet s’assurer de l’absence d’autres terroristes mais également évacuer les personnes cachées. Cette opération a été réalisée en 45 minutes, ce qui explique à nouveau que l’assaut a pu être qualifié de tardif.

Ainsi, à l’issue du jour d’audience consacré à l’intervention au Bataclan, il en ressort que des dysfonctionnements ont bien eu lieu durant cette nuit, que des policiers sont intervenus de manière héroïque, que la BRI a agi au plus vite selon elle pour sécuriser les lieux et éviter un bilan humain qui aurait pu être encore plus lourd.

Si certains avocats de parties civiles ont souhaité revenir sur ces dysfonctionnements de manière très détaillée, le Président PERIES a interrompu le débat en estimant que le procès n’était pas celui des dysfonctionnements qui ont pu avoir lieu ce soir-là.

L’indentification des victimes, un dispositif d’urgence ayant connu des failles

L’identification des victimes s’est déroulée en 3 étapes :

  • 1ère étape : Une pré-identification sur les lieux des attentats. Celle-ci a principalement été réalisée à partir des effets personnels retrouvés sur les victimes ou à proximité ;
  • 2ème étape : L’identification par l’atelier victime de la SDAT, qui permettait l’envoi du corps à l’Institut Médico-légal de Paris pour présentation à la famille ;
  • 3ème étape : La présentation du corps à la famille au sein de l’Institut Médico-légal de Paris puis sa restitution à l’issue des opérations médico-légales.

De nombreuses faiblesses et failles ont été soulignées par les avocats des parties civiles. 

La responsable de l’atelier victime a reconnu un peu plus d’une dizaine d’erreurs d’identification, notamment du fait des éléments suivants : 

  • La première difficulté résultait du fait que, dans la panique et la fuite des victimes sur les lieux des attentats, il y avait eu un mélange des effets personnels, menant parfois à des identifications erronées lorsque par exemple la photographie de la carte d’identité retrouvée à proximité de la victime lui ressemblait ;
  • La seconde difficulté résidait dans le fait que, sous le choc psychologique et eu égard au type de blessures subies, certaines familles ont reconnu des proches qui n’étaient pas les leurs.

Par ailleurs, l’accueil des victimes au sein de l’Institut Médico-légal et les conditions de présentation des victimes à leurs proches ont été décriées. 

A titre d’exemple, on peut citer notamment l’absence de confirmation de la présence de certains corps à l’Institut Médico-légal ; les modalités de présentation des victimes à leurs proches (temps d’attente et avec les victimes, conditions matérielles). 

Si tous ces dysfonctionnements ont été mis en avant, l’ensemble des acteurs de ce processus se sont montrés extrêmement touchés et contrits concernant les erreurs commises, faisant part d’une émotion certaine et présentant des excuses sincères aux proches des victimes.

Ils ont tenu à souligner que les leçons ont été tirées de ces erreurs pour proposer un dispositif plus organisé à l’avenir, avec par exemple un cloisonnement entre la prise en charge des proches à l’Ecole Militaire et la présentation des victimes au sein de l’Institut Médico-légal.