Compte rendu d’audience 28 septembre au 27 octobre 2021

27 octobre 2021
27 octobre 2021 ChloMaster

Compte rendu d’audience 28 septembre au 27 octobre 2021

Parties civiles

Le présent compte-rendu d’audience a pour objet d’exposer, de façon synthétique, les témoignages des parties civiles se sont succédées durant ces cinq semaines, notamment au travers des éléments communs ou marquants qui ont pu se dégager. 

Son objet n’est pas de généraliser ces impressions à l’ensemble des victimes non entendues dont les ressentis et témoignages peuvent différer. En effet, si plus de 300 victimes ont souhaité témoigner, cette synthèse ne rendra nécessairement pas compte de manière exhaustive au vécu de plus des 1.300 victimes. Comme le suggérait l’une d’elles lors de l’audience, « Il y a autant de 13-Novembre qu’il y a de victimes ».

En outre, le présent compte rendu ne développera pas les conséquences psychologiques et psychiatrique des victimes des attentats, conséquences qui ont été abordées dans le cadre du compte-rendu communiqué suite à l’intervention des experts psychiatres et psychologues du 29 octobre.

Une émotion palpable

Ces cinq semaines de témoignage des parties civiles ont été marquées par une grande émotion. Ces témoignages poignants, parfois très durs à entendre, même pour des professionnels du droit, ont permis de prendre conscience de l’indicible, de l’inimaginable, de l’horreur de cette nuit du 13 novembre 2015.

Ils ont également permis de mettre en avant que la même horreur des attentats du 13 novembre 2015 concernait aussi bien le Bataclan, les terrasses ou au Stade de France, les victimes de ce dernier lieu ayant été plus oubliées et ayant pourtant tout autant souffert.

Si ce moment a été particulièrement éprouvant, il a permis aux victimes de faire entendre leur douleur et le long cauchemar dans lequel elles vivent depuis les faits. Parfois, il s’agissait de la première fois où elles pouvaient enfin raconter ce qu’il leur était arrivé, chose qu’elles n’avaient pas pu expliquer avant, même à leurs proches.

Ce moment a donc permis de remettre la réalité des faits dans leur dimension factuelle et émotionnelle au cœur du procès, d’éclairer la Cour, les accusés, et ceux qui n’ont pas vécu les attentats.

Une solidarité

Les témoignages se sont recoupés dans le récit de cette nuit, mais aussi autour d’une grande solidarité.

Pendant les faits, de nombreuses victimes ont témoigné des actes de solidarité auxquels elles ont pu assister, voire même auxquels elles ont pu prendre part, dans ce dernier cas avec une grande pudeur. 

De véritables actes héroïques et désintéressés ont ainsi pu être mis en lumière. De nombreuses victimes ont sauvé la vie d’autres personnes, par exemple en cherchant des échappatoires au sein du Bataclan ou en s’entraidant en attendant l’arrivée des secours sur les terrasses. 

Par ailleurs, la violence des faits a créé un lien entre ces inconnus, perdurant encore aujourd’hui pour certains et créant ce qu’ils ont qualifié de « famille du 13 novembre ». Ces victimes ont souligné à quel point cela a été et est encore important dans leur processus de reconstruction et pour « revenir à la vie » car pour eux, seuls ceux qui ont vécu la même chose peuvent les comprendre. 

A cet égard, le rôle des associations a été primordial pour leur permettre de se retrouver.

« Vous n’aurez pas ma haine »

Il est également ressorti des nombreux témoignages un certain apaisement et un message de grande tolérance. 

Les victimes ont attiré l’attention sur leur refus de l’amalgame entre ces actes et la religion, leur opposition catégorique de voir ce qu’il leur est arrivé servir de terreau à certains extrêmes. Le refus de toute récupération politique des attentats et de leur témoignage a résonné comme un véritable cri du cœur.

Si toutes ont expliqué ne pouvoir pardonner, elles ont semblé se regrouper autour de l’idée contenue dans la phrase d’Antoine LEIRIS : « Vous n’aurez pas ma haine », expliquant que si les terroristes avaient leur haine, alors ils auraient gagné, mais surtout que cela leur donnerait une importance qu’ils ne veulent pas qu’ils aient.

Elles ont certes été irrémédiablement affectées par les attentats, leur vie a basculé et n’est plus la même, les conséquences sont encore omniprésentes dans leur vie six ans après les faits, mais refusent la haine qui ne mènerait qu’à une escalade de violence. 

Par ailleurs, beaucoup ont dit espérer qu’on oublie le nom des terroristes, qu’ils soient effacés des livres d’Histoire, pour ne retenir que le nom des 131 personnes ayant perdu la vie ce soir-là et de tous les blessés.

Un grand nombre de victime a en outre tenu à remercier l’ensemble des acteurs du procès pour leur travail, leur avoir permis de témoigner, mais aussi pour permettre que les accusés soient jugés selon nos standards, que leurs droits soient garantis pour qu’ils n’aient ainsi pas « gagné » et annihilé les valeurs de notre pays.

Les questions et incertitudes des victimes

De nombreuses victimes ont souligné dans leur témoignage que le procès leur a permis de répondre à certaines questions. 

Pour les survivants, le procès leur a permis de combler leurs souvenirs parcellaires induits par « l’effet tunnel », de combler les zones d’ombres laissées par l’état de sidération à propos de ce qu’il leur était arrivé.

Pour les proches des victimes décédées, cela leur a permis de savoir comment étaient morts leur proches ou dans quelles conditions, ce avec plus de précisions, les rapports médico-légaux ayant été particulièrement lacunaires.

Cependant, certaines victimes ont profité de leur témoignage pour poser des questions, notamment sur les dysfonctionnements commis cette nuit-là ou qui ont permis la réalisation de ces attentats. 

Ainsi, beaucoup d’entre elles attendent avec impatience les témoignages de l’ancien Président François HOLLANDE et des anciens ministres, notamment sur l’intervention tardive des forces de police, mais également sur le fait de savoir pourquoi le Bataclan n’a jamais été sécurisé alors qu’il était une cible désignée depuis les attentats du Caire puisqu’il était détenu à l’époque par des personnes de confession juive. Il avait été une cible désignée à maintes reprises dans la propagande de l’EI, tout comme les concerts de rock.

Également, beaucoup de proches de victimes ont souligné la souffrance engendrée par la désorganisation totale dans les jours qui ont suivis : les erreurs d’identification, l’impossibilité d’avoir des nouvelles de ses proches parfois pendant plusieurs jours, le fait qu’elles ont dû rechercher par elle-même dans les hôpitaux leurs êtres chers, l’attente insoutenable devant les tableaux à l’École militaire qui égrenaient au compte-gouttes le nom des personnes décédées ou des blessés, les comportements plus que maladroits à l’IML etc.

A cet égard, beaucoup ont exigé des explications, mais surtout que cela ne se reproduise plus.

Certaines victimes ont également demandé que toute la lumière soit faite sur les faits, notamment par la diffusion des photographies et enregistrement écartés jusqu’alors des débats.

Un proche d’une victime a particulièrement surpris à cet égard en faisant part de sa grande suspicion à l’égard de la vérité présentée, notamment car on lui aurait annoncé que son fils avait été victime de sévices au Bataclan. Il est le seul à avoir fait état de tels agissements. 

La diffusion de ces éléments notamment photographiques sera décidée ultérieurement en vertu du pouvoir discrétionnaire de la Cour. Le Président a d’ailleurs interrogé en ce sens les représentants des associations Life for Paris et 131115, les psychiatres et autres professionnelles. ; leurs positions divergeaient quant à l’opportunité ou non de telles diffusions. Le fait de ne pas être confronté à la réalité peut en effet parfois amener à surajouter aux faits par le biais de l’imagination de façon tout à fait légitime. 

Les récriminations à l’encontre du FGTI

Si le Président a tenu à souligner que ce procès n’était pas celui du Fonds de garantie, beaucoup de victimes ont tenu à souligner que le comportement du FGTI a été un traumatisme par-dessus le traumatisme. 

Un grand nombre de parties civiles a tenu à mettre en lumière leur grande souffrance de devoir se battre continuellement pour prouver qu’elles étaient victimes, que leurs préjudices ne découlaient que des attentats ou encore ne serait-ce que pour être entendues.

Il est donc apparu de façon manifeste que le FGTI a cruellement manqué de prévenance à l’égard des victimes et que de nombreux dysfonctionnements ont affecté sa mise en œuvre. Il conviendra donc qu’il tire les leçons de la souffrance rapportée par les victimes et que son fonctionnement soit revu pour être davantage adapté et prévenant. Il s’agit de leur principale demande à cet égard.